Si parler peut faire peur, se taire peut faire mal

Quand on parle d’aller voir un psy, beaucoup de jeunes (et d’adultes) ont encore des idées toutes faites. Pour certains, consulter un psychologue serait un signe de faiblesse, quelque chose que seules les personnes “vraiment malades” font. On entend parfois des phrases comme « tu n’es pas assez fort mentalement » ou « ça ne sert à rien ».
Ces pensées négatives font partie de ce qu’on appelle la stigmatisation, c’est-à-dire le fait d’attribuer une image négative à une personne en raison de difficultés psychologiques (Corrigan & Watson, 2002).
Afin d’évaluer comment les jeunes perçoivent les psychologues, j’ai posé quelques questions via un sondage dans le groupe des grands (13 à 18 ans) d’Inser’action.
La première question était :
As-tu déjà entendu quelqu’un dire que voir un psy est réservé aux “fous” ou aux “faibles” ?
Et 100 % ont répondu « Oui ».
La stigmatisation et l’image collective du psychologue
La stigmatisation ne touche pas seulement les troubles mentaux, mais aussi le fait de demander de l’aide psychologique. Plusieurs études montrent que les adolescents craignent souvent d’être jugés par leurs pairs ou leur famille s’ils disent vouloir consulter un psychologue. Cette peur du regard des autres contribue à une image négative du psy, perçu comme inutile ou réservé aux cas très graves (Burns & Rapee, 2021).
Ainsi, même lorsque les jeunes reconnaissent qu’ils vont mal, ils hésitent à demander de l’aide à cause des stéréotypes encore présents dans la société (Elkington et al., 2021).
Alors j’ai demandé :
Penses-tu que consulter un psychologue est encore mal vu par les jeunes de ton âge ?
Les réponses montrent que cette perception reste bien présente.
Pourquoi cette stigmatisation pose problème
La stigmatisation peut empêcher les jeunes de parler de leurs émotions ou de leurs problèmes, même quand ceux-ci affectent leur vie quotidienne (par exemple : difficulté à dormir, solitude, sentiment d’être incompris, anxiété avant les examens, problèmes familiaux).
Les recherches montrent que la peur du jugement réduit les chances que les adolescents cherchent réellement de l’aide, même s’ils savent que c’est une bonne idée (Burns & Rapee, 2021).
Je voulais savoir si la peur du jugement était le seul problème qui empêchait les jeunes d’aller consulter un psychologue. J’ai donc fait une liste de facteurs comme le prix, la peur de ne pas savoir quoi dire et la peur du jugement. Les réponses étaient diverses.
Un psychologue, à quoi ça sert vraiment ?
Contrairement aux idées reçues, il n’est pas nécessaire d’être “malade” pour aller voir un psy. Un psychologue est un professionnel formé pour aider les personnes à comprendre leurs émotions, leurs pensées et leurs comportements.
La psychothérapie permet d’améliorer la santé mentale, de réduire le stress et d’aider à faire face aux difficultés du quotidien (American Psychiatric Association, n.d.).
Des études montrent qu’environ 75 % des gens qui vont chez un psychologue tirent un bénéfice de la psychothérapie, que ce soit une meilleure gestion des émotions, une diminution de l’anxiété ou une amélioration des relations sociales (APA, n.d.).
Un psychologue peut par exemple aider à :
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Mieux gérer la solitude ou le sentiment d’être incompris
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Trouver des stratégies pour faire face au stress scolaire
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Améliorer la communication avec les autres
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Comprendre et apaiser des émotions difficiles comme la tristesse ou la colère
Il s’agit donc moins de soigner une maladie que de prendre soin de sa santé mentale, tout comme on prend soin de sa santé physique (Cuijpers et al., 2017).
La plupart des jeunes à qui j’ai posé la question pensent qu’un psychologue peut aider à faire tout cela. Et pourtant, quand je leur ai demandé s’ils pourraient aller voir un psychologue, voilà ce qu’ils ont répondu.
Changer les mentalités
Les recherches montrent que l’information et la discussion autour de la santé mentale réduisent la stigmatisation. Lorsque les jeunes comprennent mieux le rôle des psychologues et les bénéfices de l’aide psychologique, ils sont plus enclins à demander de l’aide et à soutenir leurs pairs (Gulliver et al., 2024).
Changer l’image collective du psy permet donc de favoriser le bien-être et la prévention des difficultés psychologiques chez les adolescents.
L’accès à l’aide psychologique
Concernant le facteur du prix d’une consultation, il existe plusieurs dispositifs mis en place pour aider les jeunes.
Par exemple, les consultations dans les plannings familiaux sont gratuites et sur le site PsyBru, il est également possible de trouver des psychologues de première ligne qui font des consultations gratuites pour les moins de 24 ans.
Les jeunes peuvent aussi contacter les PMS de leur école : il y a toujours un psychologue dans l’équipe en cas de besoin urgent et, pour une thérapie plus longue, le PMS peut aider à trouver un psychologue externe.
Normaliser l’aide psychologique, c’est aussi offrir aux jeunes la possibilité de ne pas rester seuls face à ce qu’ils vivent.


