Changer d’option, changer d’école :

31 Janvier 2026

ce qu’en disent réellement les jeunes

Ces derniers mois, dans le cadre du Travail Social de Rue, un sujet revient sans cesse dans les discussions avec les adolescents : le désir de changer d’option ou d’établissement scolaire.

Il ne s’agit ni d’un caprice, ni d’un effet de mode, mais bien d’une inquiétude réelle. Certains jeunes nous confient :
« J’aimerais changer d’option, mais mes parents ne veulent pas que je change d’école… alors que l’option que je veux se trouve ailleurs. »

Afin de mieux comprendre cette réalité, nous avons recueilli trois témoignages de jeunes âgés de 16 à 18 ans que nous accompagnons.

« Vouloir changer, mais avoir honte du regard des autres »

A. est en dernière année du secondaire. Depuis longtemps déjà, il sait vers quoi il souhaite s’orienter : une option liée à l’éducation et à l’animation. Ce sont ses expériences de bénévolat qui lui ont permis de découvrir cette vocation. Il l’explique simplement :
« Quand j’ai commencé à travailler avec les enfants, j’ai compris que c’était vraiment ce que j’aimais. »

Pourtant, A. n’a jamais osé aborder ce projet avec sa famille. Pas uniquement par peur de les décevoir, mais aussi parce qu’il a grandi avec une vision négative de l’enseignement technique de qualification :
« On dit souvent que le technique, c’est pour ceux qui ratent. »

A., jeune de 6ᵉ secondaire

 

« Un parcours semé d’obstacles et un combat pour exister »

Le parcours scolaire de C. est particulièrement complexe. Il commence dans l’enseignement spécialisé, poursuit en enseignement différencié, passe ensuite par le professionnel, rate une année… mais ne perd jamais de vue son objectif. Il s’accroche, travaille, redouble d’efforts, et finit par intégrer l’enseignement technique en animation.

Cependant, une fois arrivé dans la filière qui lui correspond, un nouveau combat débute : celui de la reconnaissance de ses difficultés. C. est dyslexique, dyscalculique, dysorthographique, peut-être TDAH, et malgré cela, les aménagements auxquels il a droit ne sont pas toujours appliqués. Il témoigne :
« Si je me lève en classe, ce n’est pas pour rien. J’ai des besoins. J’ai droit à des aménagements raisonnables, mais on ne me les accorde pas. »

Malgré tout, C. continue. Parce qu’il aime ce qu’il fait, et parce qu’il sait qu’il est enfin là où il voulait être. Mais la charge invisible qu’il porte est lourde : il doit constamment rattraper le retard accumulé lors de ses années dans l’enseignement spécialisé et professionnel.

Lorsqu’on lui demande ce qu’il aimerait dire à un adulte pour être compris, sa réponse est directe :
« Je lui dirais en face à face : regardez mon dossier. J’ai des difficultés. Je ne me lève pas pour vous embêter, j’en ai besoin. »

Malgré toutes les barrières qu’il a dû franchir, C. parvient à donner un conseil d’une grande maturité :
« À un jeune qui hésite, je dirais : attache-toi très fort… et moque-toi du regard des autres. »

Ce témoignage rappelle que, pour certains jeunes, accéder à la bonne option est une victoire arrachée, et non offerte.

C., jeune en 3ᵉ TQ animation

 

Un fil rouge : la peur du regard, le silence, la pression… et le manque d’informations

À travers ces trois récits, différents mais profondément liés, on comprend que changer d’option ou d’école n’est jamais un geste anodin. Il s’agit d’un choix intime, souvent chargé d’émotions : peur d’échouer, peur de décevoir, peur du regard des autres.

Certaines familles projettent, parfois sans s’en rendre compte, leurs propres regrets ou ambitions sur leurs enfants. Certains jeunes se retrouvent enfermés dans des parcours qui ne leur correspondent pas, faute d’informations suffisantes. D’autres doivent se battre pour obtenir leur place dans une filière adaptée à leurs besoins, malgré un système qui ne l’est pas toujours.

Ce que ces jeunes demandent, au fond, est simple : être accompagnés, mais pas dirigés. Ils souhaitent que toutes les options soient valorisées, que les écoles osent montrer la diversité des métiers existants, que leurs difficultés soient reconnues et prises en compte, et que leurs choix ne soient pas réduits à une simple question de prestige.

Changer d’option n’est pas un échec. C’est souvent le signe qu’un jeune cherche du sens, cherche sa place, cherche ce qui lui permettra de devenir l’adulte qu’il aspire à être. Notre rôle n’est pas de choisir à leur place, mais de leur offrir l’espace, les outils, l’accompagnement et la confiance nécessaires pour qu’ils puissent faire ce choix eux-mêmes.

Parce qu’il n’existe pas de « bonne » ou de « mauvaise » filière.
Il n’y a que celle dans laquelle un jeune pourra réellement s’épanouir.

Boudahmane Yousra
Éducatrice

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