DEUX REPRÉSENTATIONS, UNE ÉVOLUTION MARQUANTE

28 Février 2026

Monter une pièce de théâtre est un véritable travail de longue haleine. Cela demande du temps, beaucoup d’énergie, de la persévérance, des répétitions parfois tardives, des moments de doute, des oublis de texte… mais surtout un fort engagement, tant de la part des jeunes que de l’équipe éducative.

En 2025, une nouvelle troupe a poursuivi ce projet mené depuis plusieurs années au sein d’Inser’action, autour d’un thème central : le racisme ordinaire. Cette aventure collective s’est concrétisée par deux représentations publiques marquantes, le 24 octobre à la Maison des Cultures de Saint-Gilles et le 6 décembre au Théâtre de la Vie, à Saint-Josse.

Derrière ces deux dates, il n’y a pas seulement un spectacle, il y a aussi un projet éducatif, collectif et profondément humain : offrir aux jeunes un espace pour s’exprimer, prendre confiance, apprendre à travailler ensemble et surtout porter un message fort sur les discriminations du quotidien, celles qui se glissent dans les blagues, les regards, les habitudes, les « c’est juste pour rire »… mais qui laissent des traces bien réelles.
 

DU 24 OCTOBRE…

La première représentation s’est déroulée devant un public surtout composé des proches et des jeunes d’Inser’action. L’ambiance était chaleureuse et encourageante. Les retours ont principalement salué le jeu des acteurs, leur évolution et leur courage. Cette reconnaissance a été précieuse : elle a renforcé leur estime d’eux-mêmes après des mois de travail.

Mais un constat est vite apparu : lors des échanges avec le public, le message sur le racisme ordinaire est resté en arrière-plan, éclipsé par la performance artistique des jeunes. Le théâtre avait touché… sans encore vraiment ouvrir le débat de fond.
 

…AU 6 DÉCEMBRE

La seconde représentation s’est tenue dans un cadre plus impressionnant, devant un public largement inconnu : associations partenaires, professionnels, représentants communaux et familles du quartier. Pour les jeunes, la pression était plus forte : jouer devant ses parents, mais aussi devant des adultes et représentants institutionnels, demandait une posture plus assurée et une grande concentration.

À cela s’ajoutaient la fatigue, les examens scolaires et les contraintes personnelles. Pourtant, ils sont restés présents et investis, soutenus par l’équipe éducative qui a dû, en coulisses, rassurer, remotiver et maintenir la cohésion du groupe, et les motiver lorsque certains ont voulu abandonner.

La soirée s’est ouverte par le discours d’Ali, notre directeur, rappelant le sens du projet et l’importance de nommer le racisme ordinaire, celui qui s’installe dans les habitudes et que l’on finit parfois par ne plus voir. Une prise de parole de l’échevin de la Culture est ensuite venue souligner la portée sociale et éducative du travail mené par les jeunes.

Pour cette seconde représentation, un choix clair a été posé : renforcer fortement la dimension de sensibilisation. Le dispositif a donc évolué. L’animation a recentré plus clairement la pièce dans son objectif : sensibiliser au racisme ordinaire.

Effectivement, après le spectacle, les animations « lever le siège jaune avec une situation similaire » et « lever le carton rouge si c’est un stéréotype et le carton vert si c’est un compliment » ont permis au public de se positionner, de partager des expériences et de prendre conscience que certaines paroles ou attitudes, jugées anodines, peuvent être discriminantes.
 

GRANDIR SUR SCÈNE

Entre octobre et décembre, le projet a donc évolué : les outils de sensibilisation se sont affinés et le public a changé. Ces deux paramètres ont permis aux jeunes – ce que l’on espère – de prendre conscience de leur rôle. En effet, le but est de ne pas seulement être des acteurs, mais des porteurs de message.
 

LEURS PAROLES EN TÉMOIGNENT

L’un raconte que le théâtre lui a apporté « de la bonne humeur, de la fatigue aussi… et surtout de l’expérience », et que jouer devant un public inconnu fait davantage peur « parce qu’on se sent plus jugé ». Il dit aussi avoir gagné « en conscience de certaines choses ».

Un autre évoque un parcours moins simple : « Au début, venir aux séances était frustrant et difficile. Puis j’y ai pris beaucoup de plaisir. Jouer devant ma maman a été un vrai défi. » Malgré les années passées dans le projet, il ressent toujours « la même satisfaction » à monter sur scène.

Une jeune explique que les ateliers lui ont permis de s’exprimer librement, de créer des liens plus profonds avec les autres et que, même si jouer devant des personnes connues était difficile, le théâtre lui a surtout apporté plus de confiance en soi.

Une autre encore confie : « Grâce aux vendredis, le théâtre ne me fait plus peur comme avant. Travailler la peur d’être jugé a été le plus dur… mais c’est aussi ce qui m’a fait le plus évoluer. »
 

UNE PAGE SE TOURNE, LE PROJET CONTINUE

Cette double représentation marque aussi la fin d’un cycle. Plusieurs jeunes, engagés dans le projet depuis de nombreuses années, vont désormais quitter la troupe pour poursuivre leur chemin personnel, scolaire ou professionnel. Leur départ laisse forcément un vide… et quelques souvenirs bien ancrés dans les murs des salles de répétition.

Cependant, d’autres jeunes frappent déjà à la porte, curieux, motivés, parfois un peu impressionnés.

La troupe change donc de visage, mais le projet théâtre, lui, continue avec d’autres voix, d’autres parcours, d’autres émotions, mais toujours la même ambition : utiliser le théâtre comme un outil pour comprendre le monde, questionner les injustices et participer, à son échelle, à la lutte contre le racisme ordinaire.

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