Témoignage : Apprenez à vos enfants à pêcher…

30 Avril 2021

Ce mois-ci, je voulais vous faire part d’un témoignage d’un jeune âgé de 18 ans.

C’est un jeune que j’ai eu en entretien au sein de la permanence psychosociale car ce dernier voulait discuter de son projet scolaire et professionnel. Au cours de cet entretien, il me dit qu’il est de cette génération d’enfants « pourris gâtés » et que du coup, il a du mal à attendre, il se lasse vite et est souvent insatisfait, c’est pourquoi il envisageait de peut-être passer le jury central, afin d’essayer d’être diplômé plus vite car en gros, il a « la flemme » d’aller encore longtemps à l’école, il voudrait accélérer son accès au CESS.

Trouvant cette remarque intéressante, surtout venant d’un principal concerné, j’ai voulu en savoir plus.

Voici son témoignage :

« Nous sommes à une époque où beaucoup de parents, de manière bienveillante disent oui à tout mais ces derniers ne se rendent pas compte que c’est mauvais, il y a des répercussions négatives.

Là par exemple, depuis un certain temps, j’ai demandé à ma mère d’arrêter de ranger ma chambre pour que je puisse être plus indépendant, parce que je dois apprendre à faire les choses par moi-même. J’ai eu une prise de conscience : les parents en disant oui à tout et en faisant tout à la place de leurs enfants, ne leur apprennent pas à devenir indépendants. C’est comme si on n’a jamais dû « gagner » ce qu’on voulait, on obtient les choses trop facilement. Ce que tu demandes, tu le reçois.

Du coup, maintenant quand je dois me « battre » pour obtenir quelque chose, j’ai la flemme, j’ai envie d’abandonner. Je trouve que certains parents n’endurcissent pas assez les enfants pour affronter la vraie vie et supporter la frustration. En apprenant que les « choses se gagnent », on apprend à se débrouiller et du coup, ce sera plus simple quand on deviendra indépendant.

Le fait de ne pas avoir trop de limite, a eu un impact sur mes études, c’est pour ça aussi que maintenant je suis perdu, pas motivé et j’ai envie d’être libéré vite.

Le temps passé sur les jeux et écrans c’est aussi un gros problème. Quand t’es jeune, tu n’as pas le recul nécessaire pour te mettre toi-même des limites si tu n’en as pas via tes parents, tu n’es pas assez mature pour être conscient des conséquences.

Le déclic, la prise de conscience dont je vous parle, arrive souvent trop tard et du coup tout est plus dur : au plus tôt tu apprends à faire des choses, au plus facile ce sera quand tu prendras ton envol.

Je regrette totalement d’avoir « pété des câbles » pour obtenir un oui quand on me disait non. Je vois mes petits frères et sœurs faire pareil, j’essaye de les conseiller mais ils sont dans le présent, ils ne pensent pas au futur. »

Coralie :  est- ce que tu voudrais adresser un message aux parents ?

Je ne parle pas en tant qu’expert et je ne veux pas que mes parents pensent que je leur en veux, je sais qu’ils ont fait cela de manière bienveillante. Je parle juste d’un ressenti que j’ai avec le recul et je donne mes idées sur ce que moi j’aimerais appliquer plus tard avec mes propres enfants mais je suis conscient qu’il y a la théorie et la pratique et que ça doit être plus facile à dire qu’à faire. J’ai trop hâte et envie de mettre en application avec mes enfants ce que je n’ai pas eu.

Le « conseil » que je donnerais aux parents, c’est qu’ils peuvent offrir des cadeaux à leurs enfants pour leur faire plaisir mais il faut limiter et aussi il faut que ce soit mérité.

Quand on pose des limites à son enfant ou qu’on lui retire quelque chose, il faut expliquer la raison, je pense que c’est important.
Il ne faut pas tout donner de manière inconditionnelle : par exemple tu peux sortir mais il faut respecter un couvre-feu, pas rentrer au milieu de la nuit (hors période Coronavirus), etc.

Aux jeunes, je leur dirais qu’il faut écouter les parents, ils veulent notre bien. Il faut partager avec eux les taches de la vie quotidienne, car d’une part tu les soulages, d’autre part tu apprends à devenir indépendant.

Moi avant, si ma mère n’était pas là, je ne pouvais pas me nourrir, seulement commander à l’extérieur. J’ai commencé à regarder des vidéos et à reproduire des recettes, les premiers trucs que j’ai testés, c’était « dégueu » (rire) mais là maintenant ça va, je ne fais pas des trucs de « ouf » mais c’est mangeable. »

Coralie : Est-ce que tu penses qu’il y a une différence entre élever ses enfants seul ou à deux ?

« Pour l’enfant, je pense que c’est mieux d’avoir deux figures parentales. Ça aide niveau compréhension : si avec un des deux c’est plus compliqué de communiquer ou si un parent ne te comprend pas, tu peux essayer avec l’autre.

Moi mes parents se complétaient, mon père est plus strict et ma mère c’est la « meuf » cool. Quand ils se sont séparés et qu’il restait que ma mère à la maison, c’était beaucoup plus cool, c’était la fête.

Avec mon père, c’était si je réussis mon année scolaire, j’avais un cadeau, ça me motivait à réussir tandis qu’avec ma mère quoi qu’il arrive elle offre donc ça ne te pousse pas à fournir des efforts.

Au final quand t’as du plaisir à l’infini, sans limite tu n’en prends même plus alors que quand c’est limité, c’est plus satisfaisant.Par exemple, tu sais que t’as deux heures pour jouer à la « Play » tu vas tout donner, tandis que si tu y passes ta soirée c’est pas pareil.

Je voulais aussi, si je peux me permettre, parler des réseaux sociaux, il faut vraiment limiter, c’est dangereux : les enfants peuvent parler à des personnes qu’ils ne connaissent pas et c’est néfaste aussi pour le développement personnel.

Après il faut qu’il y ait une balance entre le respect de la vie privée et le contrôle et je pense que c’est difficile à équilibrer. Sur les réseaux sociaux, le fait de poster, partager des photos, vidéos laisse des marques indélébiles. Quand t’es jeune, tu n’es pas conscient de cela, les parents devraient l’être pour pouvoir discuter, accompagner leurs enfants.

Les enfants de maintenant ont trop de divertissements, moi plus tard je veux faire des puzzles avec mes enfants, leur apprendre à jouer aux échecs, des jeux qui développent en même temps leur intelligence. »

Coralie : Après tu es encore jeune, en pleine période de transition, de passage à la majorité et tu as pris ce recul, qu’est-ce qui fait que t’as eu ce déclic ?

« Mon échec scolaire ça m’a fait réfléchir, après je sais très bien que c’est de ma faute, la 1ère cause de cet échec c’est moi, je dois assumer, je ne peux pas remettre ça sur mes parents.

En étant plus grand par exemple quand je n’avais pas envie d’aller à l’école ben je n’y allais pas et personne ne m’obligeait (encore maintenant) du coup c’est facile de s’absenter. Mes absences ont joué aussi dans ma période de décrochage, c’est un cercle vicieux : tu n’y vas pas, tu rates des cours puis quand tu y retournes, tu reçois parfois des piques de tes professeurs. Du coup quand tu t’absentes encore une fois, t’as encore plus de mal à y retourner et ainsi de suite. Par contre quand j’étais plus jeune, je me rappelle d’un jour où j’avais dit à mon père que j’étais malade et que je n’allais pas aller à l’école, il m’a limite porté jusque devant la grille.

Ça c’était mon déclic concernant la raison des limites, mon déclic concernant la prise d’indépendance c’est quand je me suis retrouvé à un moment donné seul à la maison pour une certaine période, ben je ne savais quasi rien faire, j’avais plein de choses à devoir apprendre.

Il y a une phrase qui résume bien cela je trouve : « Donne un poisson à un homme, tu le nourris un jour. Apprends-lui à pécher, il se nourrira toute sa vie » MAÏMONIDE

Coralie : En tout cas je te remercie pour cette conversation hyper intéressante, j’espère que ce sera utile et que ça parlera à nos lecteurs, je suis sûre que ça fera écho en tout cas à pas mal de parents et de jeunes.

Je te souhaite plein de bonne choses pour la suite.

Coralie
Assistante sociale

 

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