Vécus de jeunes

31 Mars 2021

Aujourd’hui les enfants, nous allons parler de vous, non pas spécialement des apprentissages ni de l’école, de soutien scolaire, de devoirs ou autre. Je désire vous interviewer pour plusieurs raisons, notamment pour connaître votre vécu mais aussi pour comprendre pourquoi vous êtes si souriants, ouverts aux apprentissages… alors que certains traînent un peu des pieds lorsqu’on leur parle de l’école ou du travail.

Yassine : « Parce que c’est intéressant d’apprendre… »

Exactement, c’est intéressant de faire connaître aux autres des jeunes qui sont motivés.
Le coco est toujours là et on peut remarquer que la motivation de beaucoup de jeunes vacille tout comme celle de certains adultes.

Alpha-Oumar, tu as un parcours qui n’est pas banal puisque tu as fait le choix de quitter l’enseignement néerlandophone en 2e secondaire pour revenir en 6e primaire afin de passer ton CEB pour un meilleur départ dans la vie et je trouvais intéressant de rapporter ta parole auprès des autres jeunes.
Nous en profiterons pour interviewer tous les autres jeunes présents car il semble intéressant d’avoir votre ressenti à tous sur la situation sanitaire, votre vécu à l’école et en dehors.

Firdaous : « Moi j’ai vu à la télévision beaucoup des gens qui en ont assez et qui dépriment. »

Malheureusement il y en a toujours eu et il y en aura malheureusement peut-être toujours, tu penses que cette situation change beaucoup les choses ?

Firdaous : « Il y en a beaucoup plus maintenant… »

C’est vrai, beaucoup de gens se sentent un peu perdus à cause de cette situation, ils ne se sentent pas bien.
Ils ne savent pas toujours demander de l’aide, où trouver une oreille attentive…

Parlons un peu de motivation justement…vous avez encore la chance d’être en « présentiel » à l’école cette année mais avez aussi vécu le premier confinement chez vous.
On voit que votre problématique est différente de celles des grands car vous allez à l’école chaque jour mais vous avez toutefois des règles particulières. L’ambiance doit sûrement être différente…

Yassine : « Chez nous, personne ne respecte les règles… Il n’y a que moi. Le gel c’est une fois le matin et puis c’est tout. »

Firdaous : « Chez nous si, on nous demande même de mettre notre masque en classe… Moi je le mets tout le temps parce que quand je l’enlève je me sens mal à l’aise… »

Yassine : « Moi je trouve ça joli, je me suis habitué. »
Dites-moi, qu’est-ce que vous avez remarqué comme changement dans votre vie ou dans vos habitudes ? Qu’est-ce qui vous a marqué dans cette situation qui dure depuis plus d’un an maintenant, quel est votre ressenti ?

Alfa : « Moi quand j’étais en secondaire…c’était horrible parce qu’il y avait trop de règles…maintenant en hiver, on nous obligeait même à rester dehors même s’il pleuvait ou s’il neigeait, avant on pouvait rester à l’intérieur.
Et puis les fenêtres toujours ouvertes dans notre école et les courants d’air... »

C’est donc l’inconfort qui t’a particulièrement marqué.

Firdaous : « Moi ce qui me dérange c’est que certains amis nous disent parfois « t’es trop près », « tes distances… »
Alors que quand eux nous collent on ne dit rien…puis on parle de quelque-chose et ils se mettent à parler « ouais, le corona… » et moi je ne vois pas le rapport. »

Yassine : « C’est tous les jours qu’on en reparle… »

On n’entend enfin plus parler que de ça et ça revient encore…c’est dans la bouche de tout le monde et puis il y a aussi l’interprétation des règles, ceux qui les respectent et ceux qui ne respectent pas, quels seront celles qu’on doit appliquer ici ou là…
Et est-ce que toutes ces petites choses ont entaché votre motivation, ou l’inverse, ça vous a motivé à faire mieux… ?

Firdaous : « Moi j’ai l’impression que je ne m’amuse plus, qu’on ne peut plus jouer…c’est tout le temps comme ça, comme ça… »

Tu te sens parfois coincée dans un carcan, dans un cadre stricte et rigide… ?

Yassine : « C’est triste quand-même…On dirait qu’on est dans un film…un film de tristesse »

Alfa : « On en fait même des films maintenant… »

Firdaous : « Il y en a, ça ne les dérange pas de rester à la maison…il y a leur console et ils restent tout le temps dessus, moi ça me perturbe parce qu’ils sont trop sur leur téléphone…un sujet qui dérange, Coronavirus… « Laisse-moi tranquille, je vais sur mon téléphone… » moi je ne suis pas d’accord. »

Donc, la socialisation est difficile avec ces outils numériques qui prennent beaucoup trop de place tu trouves ?

Alfa : « Au début ça me dérangeait leurs règles mais après je me suis dit, autant les respecter pour que ça termine plus vite. »

Donc toi ce que tu retiens c’est aussi « l’effort collectif » dont on parle dans la presse…
On est tous un peu responsables de la situation…si on ne suit pas les règles, tout le monde risque une nouvelle vague ou un reconfinement strict effectivement.
Toi, est-ce que tout cela a joué dans ta décision de revenir quelques années en arrière alors que tu étais déjà en secondaire ? Ça n’a pas dû être une décision facile…

Alfa : « Oui, moi ça a beaucoup joué dans ma décision parce que en secondaire, plus j’avançais et moins j’y arrivais. Ça me perturbait de devoir m’adapter et me réadapter encore…je n’y arrivais pas et j’ai décidé de revenir en 6e.
Ils bloquaient les écoles, tel jour ou tel jour, on restait à la maison et on devait travailler par ordinateur… »

Tu as donc décidé de revenir en arrière pour prendre un meilleur départ…c’est très intéressant car hors du commun à ton âge mais je trouve cela courageux de ta part et je te félicite de cette décision.

Et vous autre, vous avez toujours autant envie d’aller à l’école, est-ce que vous en avez encore plus envie ? C’est quand-même le seul lieu ou presque où vous pouvez voir vos amis…

Yassine : « J’avais vraiment envie d’y aller pendant le premier confinement. Il était interdit de voir ses potes mais il y avait TikTok pour voir mes amis. Je leur parlais sur Whats’app et on pouvait jouer à pleins de jeux…Il n’y avait que ça et s’il n’y avait pas eu les réseaux sociaux, on serait tous morts dans son coin. »

Et est-ce que ça change quelque-chose maintenant qu’on est en confinement mais que l’on peut aller à l’école ?

Yassine : « Moi je fais avec, c’est juste qu’on ne nous laissait même pas jouer avec la neige. »

Firdaous : « Moi je dis qu’à l’école, on est plus libre qu’en dehors…Je me sens mieux à l’école. »

Donc c’est ton espace de liberté ? La normalité retrouvée en quelque-sorte…

Alfa : « Les week-ends à la maison ou quand je sors, il y a des « blocages »…à Alost avec mes amis il y a beaucoup d’interdictions, à l’école il y a pas vraiment de règles. Pas comme en secondaire…si on ne veut pas on ne met pas le masque et pour le lavage des mains, on se les laverait quand-même pareil. »

Tu as vécu les deux situations cette année, premier trimestre en enseignement secondaire néerlandophone, puis de retour en primaires sur Bruxelles…C’est original dans le sens où tu as vécu la situation des deux côtés…et on voit une différence effectivement.

On se dirait… « Oh mais on est la moitié du temps à la maison, c’est plus sympa »

Alfa : « Non ! C’est plus difficile de travailler à la maison…avoir de l’aide de quelqu‘un derrière une caméra ou à côté de soi c’est très différent. La différence c’est que la personne n’est pas derrière toi pour t’aider, il te donne des conseils par caméra mais on ne comprend pas toujours tandis que si la personne est vraiment là, elle peut te réexpliquer, te corriger et elle est toujours là quand tu te retournes. »

Pourtant la personne va peut-être réagir de la même manière…la personne est pourtant là aussi devant son écran…

Alfa : « Mais je trouve ça beaucoup plus difficile, c’est l’ordinateur qui me bloque. On ne sait pas si la personne est « vraiment là » et qu’elle réfléchit avec nous. »

Lors des soutiens scolaires, on a l’habitude d’être proche…on est ensemble sur le devoir lorsqu’on est dans la même pièce, et sans interaction directe ça peut perturber… on ne réfléchit plus vraiment ensemble, c’est du tour par tour.
On ne peut pas savoir ce que l’élève fait, s’il écoute…il est là mais est-ce qu’il réfléchit avec ou pense à autre-chose…et de même pour les professeurs.

Est-ce que la génération perdue, ça vous dit quelque-chose ? Est-ce que vous êtes d’accord ?

Firdaous : « Oui, les jeunes, les « gamers » ont facile sur ordinateur et tout ça mais moi si je travaille par ordinateur, je me sens gênée et je ne sais pas pourquoi. »

Alfa : « Pour moi ce sont ceux en université et ceux en 6e secondaire…c’est du gâchis car ils n’ont pas pu aller jusqu’au bout. Les 6e n’ont pas pu passer leur CEB ou leur CESS et ils ne savent pas s’ils sont capables pour la suite ou pas. »

Yassine : « Même les 5e…On est passé sans examens. Cette année on va passer « juste comme ça » avec ou sans CEB. »

Peut-être pas « juste comme ça » car le CEB est maintenu mais effectivement il y a des choses qui vont changer cette fin d’année comme la capacité donnée au professeur de retirer une question sur de la matière qui n’aurait pas été apprise.
On pense très vite au supérieur, au CESS des rhétos ou au CEB mais si on va plus loin, les professeurs savent-ils quels trous vous avez de l’année dernière et qu’est-ce qu’ils doivent revoir ? Ce que l’on va perdre cette année devra être rattrapé 2 ans plus tard sans savoir de nouveau quelles sont les lacunes précises… Est-ce que vous avez l’impression d’avoir un gros trou d’apprentissage ? Quelque-chose que vous ne pourriez pas rattraper ?

Alfa : « Pour moi il y a un gros trou de 6 à 8 mois minimum… »

Firdaous : « Au mois de juin, avec notre prof on a essayé de refaire la liste de tout ce qu’on ne connaît pas et on l’a refait cette année avec les nouvelles choses qu’on voit. On a réussi à rattraper un peu donc moi ça va…donc il y a quand-même moyen. »

Yassine : « Je suis un peu triste quand je pense à plus tard. Comme s’il y a un trou dans nos têtes. »

Nihad : « Je pense que dans la vie future, je vais avoir des soucis parce que je ne connais pas tout, Je fais pas confiance aux profs car on fait encore de la matière de 3e primaire en 6e. »

Firdaous : « Ça fait du bien d’en parler, j’ai l’impression que je libère tout ce que j’ai sur le cœur par rapport au virus… »

Il est parfois nécessaire de dire les choses comme elles sont, il est parfois nécessaire de faire des choix difficiles et il est indispensable de s’ouvrir aux apprentissages lorsqu’on pense au futur…
Pensons au sentiment de plénitude lorsqu’on apprend ou comprend une nouvelle-chose. Laissons-nous griser par notre curiosité assouvie, travaillons main dans la main malgré la distance et réconfortez-vous car en parler c’est déjà accepter. Accepter ce que l’on ne peut changer, c’est déjà évoluer et grandir.

Vous n’êtes pas seuls les jeunes, changeons le monde une pierre à la fois…tous ensemble dans la même galère.

Richard

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