Quelle place la société accorde-t-elle aujourd’hui à l’implication émotionnelle et éducative du père ?

31 Janvier 2026

Pendant longtemps, le père était surtout considéré comme celui qui travaillait pour subvenir aux besoins de sa famille. Son rôle se limitait souvent à poser un cadre et à assurer la sécurité du foyer. De nos jours, avec le souhait d’égalité et de partage des rôles, on attend des pères qu’ils soient aussi présents émotionnellement et qu’ils participent à l’éducation de leurs enfants.

La société valorise désormais cette nouvelle image du père. On s’éloigne peu à peu du modèle traditionnel du « père pourvoyeur » et autoritaire, pour aller vers celui que le sociologue François de Singly appelle le « père-cheval » : un père qui se met à la hauteur de l’enfant, qui joue, échange et partage le quotidien.

Ce changement s’inscrit dans une société de plus en plus sensible aux émotions, où l’éducation repose davantage sur l’écoute, la communication et le bienêtre affectif.

Cependant, ce nouveau modèle reste ambivalent : on attend du père qu’il 7 soit à la fois tendre et disponible, tout en gardant son rôle de repère et d’autorité. Entre le « père gendarme » et le « père copain », la société cherche un équilibre difficile à atteindre. Le père d’aujourd’hui doit donc trouver sa place entre affectivité, autorité et engagement éducatif, un rôle plus riche mais aussi plus exigeant.

Des stéréotypes et des inégalités encore bien ancrés

Malgré ces avancées, l’implication paternelle n’est pas encore totalement reconnue. La mère reste souvent perçue comme la figure principale du soin et de l’éducation. Le père, quant à lui, est souvent perçu comme un simple soutien.

Les stéréotypes de genre persistent : un père très émotif ou trop présent peut être jugé différemment qu’une mère dans la même situation. Selon une enquête menée par Parents et Verywell Mind auprès de 1 600 pères, près de 59 %, des pères souhaiteraient être davantage reconnus dans leur rôle parental.

Le milieu professionnel reste aussi un frein : certains hésitent à prendre leur congé parental par peur d’être jugés. Après une séparation, la garde des enfants est encore majoritairement confiée à la mère, ce qui reflète une vision encore traditionnelle de la parentalité.

Ces inégalités reposent sur ce que la sociologie appelle les rapports sociaux de sexe, c’est-à-dire des différences construites par la société entre les rôles masculins et féminins. Comme l’ont montré Monique Haicault et Danièle Chabaud-Richter, les femmes continuent souvent d’assumer une “charge mentale” plus importante et une disponibilité permanente pour leur famille, tandis que les hommes sont encore valorisés pour leur rôle économique ou protecteur. Ces normes sociales rendent difficile une répartition réellement équilibrée des responsabilités parentales. Ainsi, même si le père moderne est valorisé pour sa sensibilité et son implication éducative, la société continue de lui imposer un modèle où il doit être présent sans jamais trop s’éloigner de son rôle traditionnel.

Le regard des jeunes

Pour mieux comprendre cette évolution, il est intéressant d’écouter la vision qu’en ont les jeunes eux-mêmes. Les témoignages recueillis montrent que leurs attentes envers les pères ont beaucoup évolué. Ils décrivent un «père présent» comme quelqu’un qui prend le temps de parler, d’écouter et de s’intéresser à ce que vit son enfant, même lorsqu’il travaille beaucoup. Pour eux, un bon père doit être à la fois protecteur, à l’écoute et capable de montrer sa fierté sans forcément le dire. Ils remarquent que les pères d’aujourd’hui sont plus ouverts, plus expressifs et moins autoritaires que ceux d’avant, mais que beaucoup restent encore pris par le travail ou absents émotionnellement.

Tous souhaitent un père capable de trouver un équilibre entre autorité, proximité et dialogue, qui soit à la fois repère, soutien et ami dans le quotidien.

En conclusion, la place du père a beaucoup évolué au fil des générations. Aujourd’hui, on valorise davantage son rôle affectif et éducatif, et les jeunes eux-mêmes expriment ce besoin d’un père présent, à l’écoute et proche. Cependant, les stéréotypes de genre, la charge mentale inégalement répartie et les attentes sociales freinent encore cette évolution. Le père d’aujourd’hui doit trouver un équilibre entre autorité, tendresse et engagement : un rôle exigeant mais essentiel dans la construction de l’enfant. Il reste donc nécessaire de poursuivre le changement des mentalités pour que la présence du père soit reconnue comme aussi indispensable que celle de la mère, non seulement dans les discours, mais aussi dans les pratiques.

YALCIN Reyyan

Stagiaire assistante en psychologie

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