Pourquoi les jeunes ne poussent-ils pas les portes des services qui leur sont destinés ?

31 Mai 2026

Il est naturel d’aider un ou une amie, un proche, un parent. Et pourtant, demander de l’aide pour ses propres besoins reste souvent compliqué.

Au sein de nos permanences, parmi les besoins exprimés, on retrouve notamment la rédaction de CV et de lettres de motivation, la recherche d’un job étudiant ou encore l’orientation vers un service de décrochage scolaire. Ces initiatives ne viennent pas toujours des jeunes eux-mêmes. Certains parents se déplacent, parfois seuls, pour effectuer ces recherches ou souhaitent entamer ces démarches au nom de leur enfant.

Pour quelles raisons certains jeunes ne sollicitent pas eux-mêmes directement le service pourtant destiné à les accompagner ? Les parents prennent-ils le relais ou agissent-ils à la place de leur enfant ?

Les raisons pour lesquelles les jeunes ne sollicitent pas eux-mêmes le service peuvent être multiples : méconnaissance, indifférence, méfiance, timidité. Comme le souligne l’auteur, Benjamin Vial¹, le non-recours à l’aide peut d’abord s’expliquer par un manque d’information ou une mauvaise compréhension des dispositifs existants. Il peut aussi traduire une forme de désintérêt, voire de méfiance à l’égard des services d’aide. Cette méfiance est particulièrement marquée chez les jeunes en situation de décrochage scolaire. Marqués par des expériences négatives tels que l’ennui en classe ou les difficultés relationnelles, certains développent une distance vis-à-vis des services d’aide. L’un des freins les plus fréquemment évoqués reste la peur du jugement².

Deux voix permettent d’apporter un éclairage sur ces questions, celle d’un jeune et celle d’un parent : pourtant bien conscient que l’AMO peut apporter une aide concrète et un soutien précieux dans des démarches administratives ou autres, le jeune témoigne de la difficulté d’admettre qu’on a parfois besoin d’aide. Il craint d’être perçu comme « un échec », aux yeux de ses parents et aux yeux des professionnels.

Cette peur peut alimenter une croyance : celle qu’il faut pouvoir s’en sortir seul en cherchant les réponses et l’aide par soi-même. Les parents prennent alors le relais et viennent chercher de l’aide dans notre service :

« Il n’ose pas venir vers les professionnels, peut-être à cause de sa timidité. Je veux juste l’aider à faire le premier pas. C’est mon rôle de vouloir son bien ».

Par ailleurs, les jeunes évoluent dans un environnement où le numérique offre des solutions rapides, accessibles et valorisantes³. Le parent confirme :

« Il est tout le temps sur son téléphone et cherche un job où l’on peut directement postuler. Comme ça, vu qu’il n’ose pas aller vers les professionnels, il ne doit pas aller se présenter sur place ».

Postuler à un job étudiant, chercher des informations ou résoudre un problème peut se faire en quelques clics. À l’inverse, la relation avec un professionnel implique un déplacement, une discussion et une recherche conjointe. Elle peut supposer un silence ou un malentendu :

« L’attitude négligente d’un personnel ou sa communication non verbale pourrait justifier la frayeur de venir dans vos services », témoigne le jeune.

Les dires évoqués par le jeune et le parent mettent en lumière des besoins bien réels, auxquels les professionnels pourraient répondre de manière adaptée. La mise en place d’actions concrètes, comme des séances d’information sur la rédaction d’un CV ou d’une lettre de motivation, pourrait constituer une première porte d’entrée plus accessible. Ces moments, pensés comme des espaces collectifs rassurants, permettraient aux jeunes de se familiariser avec le service tout en développant leur confiance. Une première expérience positive favoriserait le retour et encouragerait une démarche plus autonome par la suite.

Cette dynamique invite également à repenser la place des parents et des professionnels dans l’accompagnement : soutenir sans se substituer, encourager sans faire à la place. Favoriser la responsabilisation des jeunes apparaît alors comme une étape essentielle pour leur permettre de s’approprier leurs démarches et de gagner en autonomie.

Deux regards se dessinent alors : celui du parent qui agit pour soutenir et celui du jeune, partagé entre envie d’autonomie et difficulté à franchir le pas. Deux regards qui, s’ils se rejoignent sur certains constats, ne se rencontrent pas toujours dans leur perception de l’aide.

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