Ils l’ont fait !

Ils l’ont fait !
Après une année entière de répétitions, de petits jeux, d’exercices et d’improvisations, notre petite troupe de théâtre s’est produite à la Maison des Cultures de Saint-Gilles. Un moment attendu, chargé d’émotion, et surtout porteur d’un message fort sur le racisme ordinaire et les discriminations quotidiennes.
Depuis septembre, les jeunes se réunissent chaque vendredi de 16h30 à 18h30 au 12 rue de l’Union, accompagnés de Nicolas Philippe, notre metteur en scène. Les premières semaines ont été consacrées à la cohésion, aux improvisations et à la découverte du jeu. C’est d’ailleurs de ces improvisations spontanées qu’est née la pièce écrite pour eux par Laurent Wetter.
Avec le temps, les ateliers se sont transformés en véritables séances de répétition. Tout s’est accéléré durant la première semaine des vacances de Toussaint, une semaine intense où les jeunes ont enchaîné les répétitions au point de finir en sueur.
« La semaine était fatigante mais c’était bien », confie Lina, qui reconnaît avoir failli mettre sa robe à l’envers tant le stress et l’excitation se mélangeaient en coulisses. « Je craignais surtout que le public ne réagisse pas… ». Apprendre à affronter le regard des autres, c’est une étape majeure, parfois très exigeante à leur âge.
Pour Youssef, habitué à la scène, l’approche était différente : « Je n’avais pas peur du public, je l’ai déjà vécu. Mais jouer devant eux, c’est quand même compliqué. J’aime le théâtre, 19 mais me confronter au public, c’est autre chose. »
Il ajoute : « Et la poubelle doit être déplacée, elle était sur le chemin ! ». Parce que le théâtre, c’est aussi ces imprévus invisibles pour le public et pourtant si présents dans la tête des jeunes.
Weronika, elle, retient surtout la tension et le soulagement : « C’était long et très stressant, mais au final tout s’est bien déroulé. »
Pour Bruce, la difficulté venait surtout du rythme : « On commençait trop tôt, je devais me lever à 7h. C’était bien et pas bien en même temps. »
Il a découvert, comme les autres, que derrière un spectacle “simple” se cache en réalité un immense travail : placements, accessoires, enchaînements, chorégraphie scénique…
« Je me suis demandé tout le long s’ils allaient prendre la poubelle ou pas », raconte-t-il aussi.
Quant à Paul, il résume parfaitement la progression du groupe :
« Les deux premiers jours je n’y arrivais pas. 9h–17h, c’est des horaires d’université ! Puis j’ai pris l’habitude et même du plaisir. Et sur scène, tout est passé trop vite. »
Une fois les projecteurs allumés, les jeunes découvrent souvent que la peur laisse place à l’adrénaline, et l’adrénaline au plaisir.
Et puis il y a eu Marwa, discrète mais impressionnante. Pendant les répétitions, elle parlait peu. Le jour J, elle s’est affirmée, a trouvé sa voix et a livré une prestation forte, applaudie par tous. Certains jeunes sont peu loquaces dans la vie quotidienne, mais le théâtre leur offre un moyen d’expression et d’affirmation.
Sanaa, elle, souligne un autre aspect essentiel : l’émotion partagée dans le groupe.
« Même si on disait qu’on n’était pas vraiment stressés, je crois qu’on l’était tous un peu… mais un bon stress. J’ai trop aimé l’ambiance dans les coulisses: après chaque passage de quelqu’un, on sautait de joie pour lui ou elle ! Bruce, j’ai tellement aimé son passage… En fait, j’ai aussi beaucoup aimé tout le théâtre ! Franchement, je suis super contente d’avoir pu participer. »
Son témoignage rappelle combien la solidarité et l’enthousiasme collectif ont porté toute la troupe. La joie, l’encouragement mutuel et la fierté des uns pour les autres ont donné à ce projet une force particulière.
Sous les yeux de plus de 80 spectateurs, les jeunes ont enchaîné 10 scènes, abordant le racisme ordinaire mais aussi le sexisme au travail, les préjugés ou encore le partage. Avant le spectacle, des ateliers de prévention: jeux de rôle, mises en situation et ateliers créatifs on 20 permis déjà d’aborder la thématique et de sensibiliser le public.
Un moment fort : le débat après la représentation
Effectivement, après la dernière scène, les projecteurs ne se sont pas éteints. Au contraire : ils se sont tournés vers le public.
Un débat ouvert a été organisé, permettant aux jeunes et aux spectateurs d’échanger sur ce qu’ils venaient de vivre, de ressentir et de questionner.
Ce moment a été essentiel. Il a permis une vraie réflexion collective, non seulement sur le contenu du spectacle et les réalités dénoncées, mais aussi sur tout le travail accompli par les jeunes.
Les échanges ont montré à quel point l’interaction avec le public donne du sens au projet : entendre les réactions, répondre aux questions, écouter les perceptions des autres… C’est exactement là que le théâtre devient un outil d’éducation, de prévention et de prise de conscience.
Pour les jeunes, être entendus et pris au sérieux dans un dialogue avec des adultes et des pairs a été un moment valorisant qui a renforcé leur confiance en eux.
Et pour le public, ce fut l’occasion de mieux comprendre leurs intentions, leurs émotions, leurs messages, et de repartir avec une réflexion plus profonde.
Ce débat ainsi que les ateliers de prévention n’étaient pas de simples “bonus” : ils faisaient partie intégrante du projet. C’est dans ces échanges que la sensibilisation prend vraiment vie.
Cette aventure ne se termine pas là ! Effectivement, elle continue avec une seconde représentation programmée le 6 décembre au Théâtre de la Vie à Saint-Josse.
Et pour la suite… l’avenir nous le dira.
Mais une chose est certaine : la troupe a encore beaucoup à raconter.
BOUDAHMANE Yousra
Éducatrice





