Les notions de frustration, de limites et d’émotions chez l’enfant : un apprentissage fondamental

31 Janvier 2026

Dans notre quotidien auprès des enfants, certaines situations reviennent régulièrement : la difficulté à attendre, à entendre un « non », à accepter une règle ou à renoncer à ce que l’on désire sur l’instant. Ces moments peuvent être intenses, parfois éprouvants, autant pour les enfants que pour les adultes qui les accompagnent. Pourtant, ils sont au cœur même du développement de l’enfant.

QUELQUES REPÈRES POUR MIEUX COMPRENDRE

Il est probable que vous ayez entendu parler d’enfant roi, d’enfant dieu ou encore d’enfant tyran. Ces termes ne sont ni des jugements ni des étiquettes définitives, mais des notions qui permettent de réfléchir à certaines dynamiques éducatives. L’enfant roi est celui dont les désirs sont fréquemment satisfaits sans délai, avec peu de confrontation à la frustration.

L’enfant dieu renvoie à une vision idéalisée de l’enfant, perçu comme naturellement bon, toujours dans le juste, et que l’adulte hésite à contrarier. Quant à l’enfant tyran, il apparaît souvent lorsque les limites sont floues ou instables : l’enfant peut alors tenter de prendre le contrôle de situations qui, en réalité, relèvent du rôle de l’adulte.

Ces notions nous rappellent surtout combien le cadre et les limites sont nécessaires au bon développement de l’enfant.

LA FRUSTRATION AU CŒUR DES SITUATIONS VÉCUES

Lors des activités, des temps de jeu ou de la vie quotidienne, il nous arrive d’observer des réactions très fortes face à la frustration, telles que des pleurs, des cris, de la colère, de l’opposition, un refus de participer ou des difficultés à revenir au calme. Ces réactions peuvent survenir lorsque l’enfant n’obtient pas ce qu’il souhaite, lorsque la règle s’impose à lui ou lorsque l’adulte ne répond pas favorablement à sa demande.

LES PLEURS ET LES CRIS : UNE ÉTAPE NORMALE DU DÉVELOPPEMENT

Il est important de rappeler qu’un enfant qui pleure ou qui crie n’est pas un enfant en échec, et que cela ne remet pas en cause le travail éducatif ou la parentalité. Céder systématiquement pour faire cesser une crise peut soulager sur l’instant, mais cela prive l’enfant de l’apprentissage essentiel de la tolérance à la frustration et de la régulation émotionnelle.

À l’inverse, un adulte présent, calme et cohérent, qui accueille l’émotion tout en maintenant le cadre, envoie un message sécurisant : « Tu as le droit de ressentir ce que tu ressens », « La règle reste la même », « Je suis là pour t’accompagner ».

Pour l’enfant, la frustration est souvent vécue comme quelque chose de profondément injuste. Il n’a pas encore les outils émotionnels et cognitifs pour comprendre le sens de la règle ou le point de vue de l’adulte. C’est précisément là que notre rôle prend tout son sens.

POSER DES LIMITES : UNE MISSION ÉDUCATIVE ESSENTIELLE

En tant qu’éducateurs, nous ne sommes pas là pour éviter toute frustration, mais pour accompagner l’enfant dans son vécu émotionnel. Poser un cadre clair, constant et sécurisant fait pleinement partie de notre métier. Dire non n’est ni un rejet ni un manque de bienveillance. C’est une réponse éducative qui aide l’enfant à se structurer.

Les limites permettent à l’enfant de se repérer, de comprendre ce qui est possible et ce qui ne l’est pas, et de trouver progressivement sa place au sein du groupe. Même si elles génèrent parfois de la colère ou de la tristesse, elles sont profondément rassurantes sur le long terme.

Accueillir une émotion ne signifie pas céder. Nous pouvons entendre la frustration, nommer la colère, reconnaître la déception, tout en maintenant la règle. Cette posture demande parfois de dépasser notre propre inconfort d’adulte, à savoir le regard des autres, la peur du jugement, le doute sur nos compétences ou encore le sentiment de « mal faire » lorsque l’enfant traverse une crise.

Pleurer, crier, se mettre en colère sont des moyens d’expression normaux chez l’enfant. Ils font partie intégrante de son développement émotionnel. L’enfant ne cherche pas à manipuler, il exprime ce qu’il ressent avec les moyens dont il dispose à ce moment-là.

UN APPRENTISSAGE INSCRIT DANS NOTRE PROJET ÉDUCATIF

Cette année, l’un des objectifs majeurs est la découverte des émotions. Nous tentons de leur apprendre à les reconnaître, à les nommer, à comprendre leurs effets et leurs limites. Les émotions dites négatives ont toute leur place dans ce processus. Elles sont nécessaires et porteuses de sens.

En plus de cela, il a eu un souci physique qui l’empêchait d’uriner. Il s’est retrouvé à 18 mois à faire une opération, qui a été ratée d’ailleurs. Il l’a très mal vécu, il a dû être attaché complètement des mains et des pieds pendant 10 jours. C’était dur car il y avait d’une part, le souci de santé et d’autre part, il y avait son retard de langage. Il ne savait pas s’exprimer autrement que par des cris et des pleurs. Il a dû refaire une autre opération à l’âge d’un an pour rectifier la première. Cette fois-ci, j’avais été catégorique, je ne voulais plus qu’on l’attache !

Tous ces événements ont fait qu’au départ, il avait appris à s’exprimer que par les hurlements et les pleurs. Les mots sont venus bien plus tard et sont encore parfois compliqués à l’heure actuelle. Mais il a été énormément frustré dès la grossesse et cela a continué par après.

A-t-il du mal avec le « non » ?
Il déteste ! Mais si je dois dire non, je dirai non, malgré la crise. Même si ça dure des heures et bien si c’est non, ce sera non. Même quand c’est difficile, je ne cède pas. Parce que justement, les enfants ont besoin de limite et cadre. Je veux juste que le « non » soit légitime. Qu’il soit là pour de bonnes raisons et non pas juste pour le fait de dire non. Parce qu’une fois posé, une fois dit, il faut s’y tenir jusqu’au bout et ne pas le lâcher.

Comment cela se manifeste-t-il ?
Par des cris, des pleurs, des crises, des grosses crises même, il se met par terre, il hurle et ne veut rien savoir mais je reste ferme quand même et ne cède pas. Du moins, c’était avant, maintenant Dieu merci, c’est plus pareil, il a beaucoup évolué même si ce n’est pas toujours facile, c’est mieux qu’avant.

À travers les situations du quotidien, nous accompagnons les enfants dans cet apprentissage progressif, en leur offrant des mots, des repères et un cadre sécurisant. Cela demande du temps, de la répétition et une cohérence entre les adultes qui entourent l’enfant. La collaboration étroite entre les parents et les éducateurs est donc essentielle et non négligeable.

Pour conclure, accompagner la frustration, poser des limites et accueillir les émotions sont des piliers fondamentaux de l’éducation. Même si ces moments peuvent être difficiles, ils participent pleinement à la construction de l’enfant. En tant qu’éducateurs, notre rôle est de contenir, guider et sécuriser, afin de permettre à l’enfant de grandir, d’apprendre à se connaître et de trouver sa place.

INTERVIEW TOUCHANTE D’UNE MAMAN

Est-ce que vous estimez que votre enfant a des soucis de frustration ?
Alors là, oui ! hahaha je pense que vous l’avez vous-même remarqué. En réalité, il faut savoir que mon enfant a des difficultés depuis la naissance. Depuis la grossesse en réalité. Cela a été compliqué car lorsqu’il était dans mon ventre, les médecins m’avaient expliqué que mon enfant allait naître handicapé, qu’il serait au stade de légume et que la viabilité n’était pas certaine. À ce moment-là, ils m’avaient conseillé d’avorter à 37 semaines. J’ai refusé. J’ai dit non. Je me suis dit peu importe comment il naîtra, je ferai avec et je m’occuperai de lui.

Cependant, les problèmes ont continué pour lui car lorsqu’il avait 2 mois et demi, j’ai eu un cancer. Cela était très compliqué de m’occuper de mon bébé. Il a été très tôt en crèche ou alors mes sœurs le gardaient.

Avez-vous déjà eu le sentiment d’être jugé ?
L’impression d’être un mauvais parent ?

Oui, tout à fait. J’ai beaucoup pleuré. Cela faisait très très mal de voir d’abord mon enfant souffrir et j’avais en plus de cela, un sentiment de non compréhension de la part des autres, comme si tout le monde me regardait, me jugeait. Je n’avais pas trop de soutien en dehors de ma famille. J’avais le sentiment d’être une mère indigne parce que les crises duraient longtemps et parfois je ne savais rien faire pour les stopper, hormis attendre que cela passe mais bien entendu, les autres ne savent pas, ne comprennent pas. Ils veulent juste que mon enfant se taise mais moi, je ne dois pas céder et je dois rester ferme sur ma décision sinon, il prendra l’habitude et le refera à chaque fois. C’est très dur à ce moment-là. C’est d’ailleurs ce pourquoi, j’avais décidé d’arrêter de sortir pendant tout un temps.

Maintenant, il est inscrit aux activités et je suis contente. J’ai remarqué une évolution. Déjà, parce qu’il aime venir et le demande mais aussi, parce que les activités à Inser’action lui permettent d’avoir un cadre, de s’ouvrir aux autres, d’avoir des limites et de comprendre et respecter les règles (de jeux, de l’institution, etc.).

Comment est-ce que vous décidez de mettre les limites chez vous ?
Je reste ferme sur mes positions et tout le monde suit, lorsque l’un d’entre nous décide quelque chose, les autres doivent aussi s’y tenir. Et, je fais pareil lorsqu’il revient des activités et que vous avez décidé de quelque chose.

Qu’est-ce qui est le plus compliqué ?
Se demander si je fais bien de dire non ou pas. Se questionner sur si c’est utile ou si ce n’est pas trop dur, trop méchant. Puisqu’il faut tenir bon, il faut aussi y réfléchir à deux fois avant de l’imposer. Ce n’est pas facile tout le temps car parfois la crise dure longtemps mais il faut résister.

MANDOUDANE Firdaws
éducatrice

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