Avec le groupe d’apprenantes des cours de Français nous avons fait une table de discussion très intéressante. Cela leur a permis de beaucoup parler et de pratiquer le français. Nous avons parlé de la transmission, de ce qui était important pour elles de transmettre à leurs enfants, des différences...

Sur le trajet du retour d’une de nos journées d’activités avec les familles, nous étions dans la camionnette et nous avons aperçu des jeunes perchés sur la rambarde d’un pont au-dessus de la route. Cette mise en danger nous a fait froid dans le dos, pourquoi prennent-ils ce risque ? Chuter peut...

Lors d’un cours d’alphabétisation avec les participantes nous avons eu une conversation très intéressante sur les préoccupations qu’ont les mamans par rapport à leurs enfants. Une des mamans nous a expliqué que lorsque ses filles sont absentes elle n’est pas à l’aise, elle s’imagine des tas de...

L’amour ne suffit pas...

31 Janvier 2018 31

Pour l’instant à Inser’action, nous réfléchissons beaucoup sur le passé et le présent. Deux preuves parmi d’autres : nous avons participé à une journée associative organisée par le Sima dont le thème était : « Entre hier et aujourd’hui, 1001 voi(es)x de la diversité à Saint-Josse », et la thématique de notre projet actuel de théâtre intergénérationnel, dont nous vous parlons régulièrement dernièrement, est « Parents d’hier et d’aujourd’hui ». C’est pourquoi ce mois-ci, je voulais vous faire part de la réflexion de Jean-Pierre Lebrun, psychiatre et psychanalyste sur l’éducation et la différence entre le modèle traditionnel et actuel.

Auparavant, dans la société traditionnelle, le modèle faisait que la maman était fort présente pour l’enfant mais qu’elle devait faire place obligatoirement à l’autre, dans beaucoup de cas le père, dont elle dépendait financièrement. Ce dernier venait limiter la présence de la mère et venait introduire la notion d’absence : la maman n’était pas le seul parent.

Aujourd’hui, une femme, si elle le désire, peut avoir un enfant toute seule, nous n’avons plus besoin de l’autre pour procréer. La place du père est un peu affaiblie, ce dernier a un peu moins de légitimité car nous ne sommes plus dans un modèle de patriarcat.

Tout cela a pour conséquence que l’enfant peut se retrouver bercé par la seule et unique présence de la mère ou bien lorsque le père est présent, parfois par faute de trouver sa place, ce dernier se comporte également de manière maternante avec son enfant. Du coup, l’enfant a beaucoup plus de mal à inscrire la notion d’absence dans son esprit or, cela est nécessaire pour son processus de socialisation et d’humanisation.

Exemple : pour apprendre à son enfant à traverser de manière sure, il faut à un moment lui lâcher la main, sinon il n’apprendra jamais à traverser seul.

Nous retrouvons beaucoup de parents qui sont dans l’amour excessif et inconditionnel, ils ne mettent pas de limites et essayent de combler la solitude, leur « absence » avec des objets de consommation immédiate (télé, tablette, smartphone,…) pour consoler l’enfant. Or, l’enfant a besoin d’être confronté à l’absence, à la perte de présence, c’est inévitable dans la vie, cela fait partie d’un processus, d’une élaboration psychique qui est rendue difficile, quasi impossible lorsque la solitude est toujours immédiatement comblée.

Un enfant prendra conscience que son parent l’aime quoi qu’il fasse, que son amour pour lui est inconditionnel et du coup, il se sentira autorisé à faire ce qu’il veut quand il veut.

Laisser croire à un enfant qu’il est le roi, qu’il décide de tout et le considérer comme un petit adulte, c’est le condamner à être incapable de supporter l’AUTRE. C’est croire qu’il est capable de faire des choses dont il est incapable de par son statut d’enfant (s’imposer des règles, des limites, différencier le bien du mal,…), c’est le laisser croire qu’il ne sera pas à un moment obligé de laisser la place à l’autre qui a ses propres désirs et volontés, c’est faire primer son individualité face à la collectivité, c’est ne pas l’outiller correctement, le préparer à sa vie d’adulte.

Depuis quelque temps nous avons entendu parler de l’enfant roi mais dans certains cas nous pouvons parler d’enfant tyran, où rien ni personne ne fera autorité, ne fera bloc, un enfant qui dicte sa loi et qui peut devenir une menace pour les autres car il peut les écraser sans aucune gêne, persuadé d’avoir raison.

L’enfant-tyran ne nait pas avec un esprit tyrannique mais c’est la force et la puissance qu’il a accumulées qui le laisse démuni lorsqu’il doit faire face à l’autre, qu’il percevra comme une menace.

Ce qui est complexe c’est que ces jeunes font appel à l’autre pour lutter contre leurs angoisses, mais en même temps, ils refusent l’aide proposée car ils n’y ont pas été habitués, ils ne sont pas construits à travers la rencontre de l’Autre.

Souvent ce sont des enfants qui se sont un peu auto éduqués, qui n’ont vraiment jamais existés dans un rapport à l’autre et compensent par leur toute puissance ce sentiment de n’être rien.

Pour conclure, l’amour ne suffit pas à éduquer un enfant et à en faire devenir un adulte « sain ». Dire non ne veut pas dire qu’on n’aime pas son enfant, on pourrait même dire que dire non est une preuve d’amour.

A méditer…

Coralie

Thèmatique(s)
ParentalitéEducation