Cette année, nous participons au projet du diagnostic communautaire initié par le Service de Santé Mentale Le Méridien. En effet, il y a 20 ans un diagnostic avait été établi afin de pouvoir adapter les réponses proposées correspondant à la réalité des habitants de Saint-Josse et de Schaerbeek...

Nous l’avions déjà évoqué dans quelques-uns de nos journaux précédents : l’autorité est en berne… Pour résumer, nous pouvons dire que la société actuelle est sous le coup de la crise libertaire de mai 68, prônant les libertés individuelles, moins de devoirs et plus de droits. Les parents actuels...

Je m’appelle Seyma Dagyaran. J’ai 24 ans. Je suis Belge d’origine Turque. Peut-être que vous avez déjà eu l’occasion de me croiser à la permanence. Pour ceux qui ne m’ont pas encore vue, je remplacerai Coralie jusqu’à son retour. J’ai été diplômée en septembre 2017 de la section « Assistant Social...

Témoignage d’une maman concernant l’éducation d’hier et d’aujourd’hui

30 Novembre 2019 30

Mme F. est une maman qui a la quarantaine et qui est originaire d’Amérique Latine.
Voici son témoignage :
« Dans mon pays, j’ai toujours été élevé dans les limites, dans l’organisation et les règles.
Je suis la dernière, nous sommes 10 enfants : j’ai 5 frères et 4 sœurs.
Par exemple : on dormait à 20h00 et on était tous debout à 06h00.
On allait à l’école et nos parents étaient derrière nous, surtout papa. On a tous bien fini l’école.
On n’était pas riches et on prenait soin de nos affaires ce sont des valeurs qui nous ont été transmises : faire attention à ses affaires, ne pas gaspiller la nourriture, penser aux autres car il y a toujours plus pauvres.
Mes parents étaient toujours à mes côtés pour me prévenir, me conseiller, me rassurer. Ils nous disaient de ne pas faire confiance à n’importe qui.
J’écoutais mes parents, même si j’ai aussi fait mes bêtises mais quand je faisais des bêtises, je pleurais, je culpabilisais et surtout je demandais pardon. Maintenant ce n’est plus comme ça.
J’ai ramassé des coups de ma maman mais je n’ai jamais dit de ma maman qu’elle était méchante. J’étais punie pour mes bêtises mais j’étais aussi valorisée dans ce que je faisais de bien.
Mon père me gâtait, il ne m’a jamais frappé, il n’était pas au courant de mes bêtises, ma mère ne lui racontait pas. Par contre, elle me menaçait de raconter à mon père et ça me faisait peur car j’étais le bébé de mon père, je ne voulais pas qu’il ait une mauvaise image de moi.
Ma maman c’était comme ma copine, je lui disais tout donc elle était au courant de mes bêtises car c’est moi qui les lui racontais.
J’étais punie durement  surtout quand je ne respectais pas le couvre-feu.
Je n’en voulais pas à ma mère et je lui racontais tout car elle était de bon conseil, à la fin, elle avait toujours raison et je reconnaissais mes erreurs.
Maintenant, j’ai l’impression que les jeunes font leurs bêtises, ils cachent beaucoup de choses, ne s’excusent pas et ne reconnaissent pas leurs erreurs.
Quand j’étais punie parce que je n’avais pas respecté le couvre-feu, je ne pouvais plus sortir pendant 1 mois par exemple alors j’aidais plus à la maison pour regagner la confiance de ma maman. Alors généralement, après deux semaines, elle levait la punition et je pouvais ressortir.
Les principes dans lesquels on a été élevé c’était : il faut finir l’école, toujours être gentil,  être poli même avec les gens qui ont été méchants, respecter les adultes, écouter ses parents, respecter le couvre-feu,…
Pour nous la valeur de la famille est très importante, la famille, c’est la priorité.
Nous sommes de religion catholique, tous les dimanches, nous allions à la messe en famille. Nous recevions à manger, je me rappelle bien du prêtre qui nous donnait du pain, j’en garde des bons souvenirs.
Je trouve que maintenant, à cette époque rien n’est mieux qu’auparavant, tout est moins bien. Les enfants ne respectent plus leurs parents, les enfants ont honte quand leurs parents viennent les chercher à l’école. Moi j’étais contente de voir mes parents quand ils venaient me chercher.
Les jeunes sont tous occupés avec leur gsm et les écrans, avant on jouait à de vrais jeux, il y avait plus de liberté dans les jeux.
Maintenant les choses ont changé et avec mon mari on a une vision de l’éducation différente, ce qui crée beaucoup de conflits, quand un couple n’est pas d’accord, il y a toujours des disputes. Lui, a grandi en Europe et on n’a pas eu la même éducation, on n’a pas la même vision. Je trouve qu’en Europe, il y a plus de liberté et trop de liberté, ce n’est pas bon.
C’est pour ça qu’il y a de la mésentente, mon mari accorde plus de liberté, dit oui facilement alors que moi, j’essaye de mettre des règles et des limites et du coup j’ai « le mauvais rôle » auprès de mes enfants, c’est moi la « méchante », la « sorcière ». Mes filles me disent que je dois évoluer, que ce n’est pas comme ma vie, ça c’était avant que maintenant ce n’est plus comme ça que ça se passe, que je suis arriérée, qu’il faut vivre comme on vit à cette époque-ci.
Ce que je trouve dommage, c’est que mes enfants me cachent des choses, j’aurais aimé avoir avec elles un peu la même relation que j’avais avec ma mère, que je sois comme leur copine, qu’elles me racontent tout mais avec des limites et des règles. J’aurais aimé qu’elles aient plus confiance en moi, elles demandent beaucoup plus de choses à leur père comme il dit oui et je me sens parfois de côté.
Je veux que mes enfants soient gentils, aient confiance en moi, qu’ils comprennent l’importance des études, qu’ils aillent jusqu’au bout, c’est pour ça que je suis toujours derrière eux. Je m’inquiète de leur bienêtre, je fais attention qu’ils soient toujours propres et bien habillés. Je voudrais que plus tard, ils trouvent un bon conjoint pour se marier et quitter la maison, chez nous c’est normalement comme cela que ça se passe. On quitte pas si ce n’est pas pour se marier, on ne multiplie pas les petits copains.
Par exemple mes parents ont vécu ensemble jusqu’à leur mort, c’est ce que j’aimerais pour mes enfants, un bon mari, puis de beaux enfants, qu’ils achètent un bien. Je ne veux pas qu’elles reproduisent mes erreurs.
Donc voilà.
Merci, je vous remercie pour ce témoignage et je vous souhaite le meilleur ainsi qu’à vos enfants.

Coralie
Assistante sociale

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