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Les habitants du parc Maximilien.

30 Septembre 2017 30

Je souhaiterais vous parler des immigrés qui « squattent » dans le parc Maximilien depuis la crise migratoire. En effet, ce parc qui se trouve en face de l’office des étrangers est devenu un lieu important pour les immigrés qui arrivent en Belgique.

Comme vous le savez déjà, j’ai souvent accompagné Marie pendant ses rondes en recherche de MENA. Cependant, Marie a fini sa mission en avril et je n’ai plus eu l’occasion de continuer ce travail de rue car nous étions débordés à la permanence.

J’ai croisé le médiateur social du quartier Nord qui m’a affirmé qu’il y avait de plus en plus d’immigrés dans ce parc car il faisait moins froid et en effet, je suis passé à côté et j’ai été surpris…

Il y’en avait beaucoup plus que lors de nos rondes. Le constat est général : la grande majorité est une population immigrée en transit. Il s’agit d’immigrés qui ne font que passer par la Belgique pour rejoindre un autre pays dans lequel ils souhaitent s’installer, demander l’asile, pour y rejoindre leur famille…etc

Il y a de cela quelques jours, j’ai reçu un mail de Pierre Verbeeren, directeur de Médecin du Monde, concernant cette problématique qui préoccupe plusieurs services, qui tentent tant bien que mal de mettre en place des solutions concrètes.

Je partage donc avec vous le contenu de ce mail afin de répondre à vos interrogations, contrer vos préjugés et vous expliquer la situation autrement (de façon pertinente via les constatations des acteurs sur le terrain).

Pour lui, il y a urgence  :
- Ces personnes ont enduré la Libye, traversé la Méditerranée, subi maintes humiliations. Elles sont par terre avec pour seule énergie la certitude que leur parcours n’est pas terminé. C’est totalement indigne et c’est une bombe à retardement.
- Les citoyens constatent l’inefficacité politique et cela renforce le populisme.
- Les services ont autre chose à faire que courir comme des poules sans tête pour faire « quelque chose » (ex : la police, le barreau, les services de prévention et de proximité, les ONG, les associations bénévoles spontanées…). Toute cette agitation n’offre aucune véritable solution à ce public. Tout le monde perd son temps, son argent et sa dignité.
- Bruxelles est perçue comme un lieu dangereux, mal géré…

Comment solutionner le problème des migrants en transit  ?
- Il faut mettre en place trois réponses : Les héberger pour qu’ils recouvrent leur dignité. Les orienter pour que leur errance se transforme en projet et que leur parcours soit contrôlable, contrôlé et accompagné. Répondre à leurs besoins spécifiques (MENA, femmes enceintes, personnes malades, fatiguée, stressée…)
- Idéalement, ces trois réponses doivent être ordonnées, sûres et légales. Cela signifie que la solution doit rassurer tout le monde : les migrants et tout autant les riverains, les services de polices,…

Et c’est ainsi qu’il envisage une éventuelle intervention  :
- L’Etat : c’est une responsabilité collective de plusieurs niveaux de pouvoir. Toute la jurisprudence est unanime sur ce point (ex : Conseil d’Etat français sur Calais).
- Les niveaux de pouvoir ne peuvent se rejeter la balle. Chaque niveau est légalement co-responsable. Communal et CPAS, régional, fédéral. Donc personne ne peut dire que ce n’est pas AUSSI à lui d’intervenir. Sur le plan politique, si chacun attend que l’autre prenne l’initiative, les migrants resteront longtemps dans la boue et les politiques continueront à passer pour des incapables.
- Les associations doivent donner un coup de main. Elles le font déjà mais sans cadre, ce qui est inefficient. Au premier rang : La Croix-Rouge qui est un auxiliaire de service public qui sert précisément à ce genre de mission / Ciré et VluchtelingenWerk dont c’est l’objet social / le Service d’Aide juridique dont c’est une des missions / Les ONG humanitaires dont c’est la mission / Le Samu social dont c’est la mission subventionnée / les Services d’Aide à la Jeunesse pour les MENA / Les ASBL communales de prévention et de sécurité...

Selon Pierre, il faudrait donc mettre en place trois réponses (hébergement, orientation, besoins spécifiques)

1) Hébergement : La solution d’hébergement classique via le réseau d’accueil classique de FEDASIL ou le Samu social demande que la personne introduise une demande d’asile ou une demande d’hébergement au Samu. Actuellement, les personnes n’ont pas confiance dans le dispositif d’asile en Belgique et elles connaissent mal le Samu social. Pierre conseille donc de privilégier les centres d’accueil et d’orientation (CAO).  Un CAO est un lieu où l’on sanctuarise les personnes (on leur garanti qu’elles ne seront pas pourchassées le temps de décider d’une orientation). On disposera alors d’une cohorte de personnes et l’on pourra disposer de statistiques, de programme de travail… Actuellement, le travail d’orientation ne touche que ceux qui veulent bien venir et personne ne sait quel est le pourcentage de personnes qui bénéficient des services d’orientation.

2) Orientation : Il faudrait que ce soit un service neutre, qui pourrait être assuré par FEDASIL ou par les associations. Le médiateur fédéral le répète régulièrement : L’Office des Etrangers n’est pas neutre. Il doit s’adjoindre des services d’interprétariat, indispensables pour créer une compréhension univoque. Le Sétis ou le service de médiateurs de la Santé publique peuvent être réquisitionnés. Le service doit être répété : les migrants en transit sont convaincus que leur parcours ne s’arrête pas en Belgique. Une seule séance d’information ne suffira pas pour qu’ils comprennent pourquoi ils pensent cela, quelles sont les alternatives et quelles garanties ils peuvent avoir. L’orientation doit être communautaire ET individuelle. Des séances communautaires, dans la langue maternelle, doivent rendre le doute sur l’idéal de l’Angleterre acceptable par toute la communauté. Des séances individuelles doivent permettre d’aider chaque personne à comprendre sa situation et à retrouver du pouvoir sur ses droits et ses choix. L’orientation doit être bienveillante : c’est une évidence mais il convient de le rappeler. Nous sommes face à des êtres humains. Chaque personne responsable devrait se dire qu’il pourrait y envoyer sa propre fille avec confiance. Cette comparaison est nécessaire pour comprendre le problème qui existe actuellement.

Tout ceci pour vous dire que malgré le fait que bon nombre de personnes craignent ces voyageurs et cette immigration massive, il ne faut surtout pas oublier qu’ils ont beaucoup souffert avant d’arriver ici et qu’ils ont fui des pays en guerre. Ils ne souhaitent qu’un avenir meilleur, tout comme n’importe quel être humain. Soyons donc dignes d’êtres humains et laissons-leur une chance.

Ahmed