Je m’appelle Seyma Dagyaran. J’ai 24 ans. Je suis Belge d’origine Turque. Peut-être que vous avez déjà eu l’occasion de me croiser à la permanence. Pour ceux qui ne m’ont pas encore vue, je remplacerai Coralie jusqu’à son retour. J’ai été diplômée en septembre 2017 de la section « Assistant Social...

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Histoire d’un exil

28 Février 2018 28

Je vais vous raconter l’histoire d’Ismail, un jeune Afghan établi à Bruxelles depuis juin 2017.

Il était très content quand je lui ai expliqué que j’allais écrire mon article sur son histoire, il a donc bien posé pour la photo !

Ismail est arrivé en Belgique en tant que MENA (Mineur étranger non-accompagné). Si vous vous souvenez bien, les rondes que nous faisions avec Marie au Parc Maximilien étaient orientées avant tout vers les MENA.

Voici donc l’histoire d’Ismail, et notamment son chemin jusqu’à la Belgique.

« Je m’appelle Ismail, je suis né à Kondoz en Afghanistan en mai 1999. Mon trajet jusqu’à la Belgique a duré 3 ans et demi au total.

Nous étions un petit groupe parti de la même ville, mais nous avons croisé sur notre chemin d’autres groupes venant d’autres villes.

Nous avons d’abord pris le bus pour Kaboul, ensuite nous avons été jusqu’à Kandahar (Afghanistan). Nous étions un groupe de 10, accompagnés par un Afghan. Nous avons ensuite été jusqu’à la frontière iranienne que nous avons essayé de traverser discrètement avec un autre homme, de nuit. Nous étions très nombreux, entassés dans une camionnette : certains n’étaient même pas assis sur des sièges. Sur le chemin, une roue s’est détachée et nous avons dû nous arrêter. La police nous a alors surpris et nous avons été reconduits en Afghanistan. Les policiers iraniens sont très méchants.

Nous avons alors attendu quelques jours puis avons retenté notre chance. L’Iran a été très difficile à traverser car il y a beaucoup d’endroits désertiques où nous n’avions pas d’eau. Nous étions obligés de partager une bouteille d’eau à plusieurs et avions constamment soif. Nous avons dû marcher très longtemps. Une fois arrivés à Téhéran, nous avons dormi par terre dans une maison : elle était très sale, avec des trous partout. Après nous sommes allés jusqu’à la frontière turque avec un autre monsieur qui nous a de nouveau fait traverser de nuit, nous devions constamment nous cacher.
 

En Turquie, nous avons dormi dans une maison tout aussi sale que celle de Téhéran : nous avions très faim mais les personnes qui nous hébergeaient ne nous donnaient que du pain et de l’eau.
Nous étions obligés de marcher non-stop et de suivre les instructions ; lorsque l’on était fatigué et que l’on trainait, le passeur nous frappait… Et si quelqu’un était malade ou ne parvenait plus à suivre, le passeur nous disait de continuer, soi-disant le temps qu’il emmène le blessé à l’hôpital, alors qu’en réalité, il le tuait ! Les passeurs étaient tous armés, sous prétexte que l’on pouvait être attaqués par des animaux et qu’il fallait pouvoir se défendre, mais en réalité ces armes servaient souvent à tuer des gens.

 

Nous sommes ensuite passés en Bulgarie où nous avons dû traverser des forêts. C’est là que j’ai vu un mort qui avait été abandonné, c’était un Pakistanais avec qui j’avais fait connaissance ; je savais même de quelle ville il venait. On s’est fait arrêter une première fois en Bulgarie et nous avons été reconduits à la frontière mais avons réussi à passer la deuxième fois. Cependant, je connais un autre Afghan qui n’a pu passer qu’après la huitième tentative. La police bulgare est un peu plus humaine que la police iranienne : en Iran ils ne voulaient même pas nous donner de l’eau, ils sont très méchants.
 

Ensuite nous sommes passés en Serbie, en Hongrie, en Autriche, en Italie, en France et enfin en Belgique. Je suis vraiment content d’être arrivé ici et lorsque je repense à tout ce chemin que j’ai fait, je suis triste et je n’arrive toujours pas à y croire.
 

Et pour toute cette traversée, mon papa a dû payer 8000€ ! Il a emprunté cet argent à des gens du village et doit maintenant les rembourser un peu chaque mois, c’est pour cela que je dois trouver un travail pour l’aider à récolter cette somme. »

Quelle histoire !

Sachant qu’elle a plutôt bien fini, je vous laisse donc imaginer toute la cruauté que peuvent rencontrer ces personnes dans leur exil lorsque la route s’avère plus rude que prévue, ce qui est toujours le cas. Ismail ne pensait pas que le chemin serait aussi difficile…

Comme vous pouvez le remarquer, nous n’avons que le squelette de l’histoire car lorsque j’essayais de poser à Ismail des questions précises sur le nombre de jours passé à telle ville ou autre, il était incapable de répondre. Je pense que la notion du temps devient très floue durant ces trajets.

Il m’a cependant expliqué qu’il restait très attaché à son pays natal et qu’il y retournerait volontiers lorsque la vie y sera plus facile.

Depuis son arrivée, Ismail se donne au maximum afin d’apprendre le français car son objectif est de trouver un travail pour pouvoir construire quelque chose de concret.

Je vous demande alors de lui souhaiter de tout votre coeur une merveilleuse vie ici en Belgique.

Ahmed